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12 novembre 2012

L'ange au berceau

 

Au XXIe siècle, la grande surface virtuelle a réussi là où deux mille ans d’autodafés, d’inquisition et de censure avaient échoué : l’hégémonie de la pensée unique fut consacrée. La dictature du spectacle n’étonnait déjà plus personne, mais les pièges étaient nombreux. Des panneaux les signalaient aux voyageurs imprudents et hébétés. En pure perte. Ils s’y précipitaient avec un empressement sarcastique, sans formuler le moindre reproche. Certains, parmi les plus vulnérables, leur échappaient toutefois par mégarde, comme touchés par une grâce aussi soudaine qu’imméritée. D’autres, dans un souci de mimétisme tribal, se souvenaient des contorsions nécessaires et récitaient mentalement les mantras appropriés. Les divertissements étaient tous si virtuellement improbables qu’ils s’abolissaient les uns les autres, ne laissant à leurs victimes qu’un simulacre de frisson ou une vague réminiscence de ce qu’aurait pu être leur vie dans un monde différent. Pour les marginaux que l’écran n’avait pas encore subjugués, demeurait l’ultime recours au texte. Mais leur sauvetage passait inaperçu. Selon toute vraisemblance, ç’a été ça, le début de la fin.

 

S.L. Ange au berceau, 2002.

 

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