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15 décembre 2012

Les enfants lumière - Le Devoir

Les posthistoires déroutantes de Serge Lamothe

Par CHRISTIAN DESMEULES, Le Devoir, samedi 15 décembre 2012

 

Au chapitre de l’invention, dans le prolongement direct de son précédent livre Les Baldwin (L’Instant même, 2004), le septième roman de Serge Lamothe figure sans doute dans une sorte de classe à part.

La vingtaine de textes qui forment Les enfants lumière baignent dans un même univers narratif. Campés dans un futur lointain de l’humanité, où l’on devine sans jamais l’élucider que « quelque chose » est arrivé, ces posthistoires ont encore une fois tout pour laisser le lecteur perplexe et conduisent à toutes les hypothèses.

Ils s’appellent tous Baldwin, hommes ou femmes, ils sont « tous frères » et les similitudes pourraient s’arrêter là. Leur existence même, à vrai dire, pose un problème et relève plus de l’hypothèse que de la réalité.

Nous sommes à la suite d’un conflit armé destructeur, ou d’un mégatsunami, ou au cœur d’une conspiration que personne n’aurait vue venir. Où on se souvient d’un appel à la désobéissance civile lancé par « la Maison Universelle d’Amour, de Justice, de Prospérité et de Paix » suivi par une violente répression où « des troupes de mercenaires engagés par les patrons du cybercapital sillonnent la ville depuis plusieurs jours dans des camions banalisés qui portent le nom d’une poissonnerie bien connue ».

 

Un peu Nippon

Les enfants lumière, c’est aussi l’émoi que provoque une baleine échouée au fond d’un cratère sur fond de rumeurs d’élections volées, un attentat à la bombe cataclysmique, les derniers jours des membres d’une secte réfugiés au fond d’une grotte insalubre dans l’attente d’une catastrophe annoncée.

Mais derrière la posthistoire, le turbolibéralisme, derrière les changements radicaux de paradigmes et quelques dérives cannibales, les petites séquences de Serge Lamothe portent en elles une même tonalité. Une tonalité faite de clivages, d’éclatements et de fissures sociales. Les fantasmes d’anéantissement et de tabula rasa que l’on y décode portent en eux une puissante nostalgie des origines. « Assurer l’impermanence en tout temps » semble être leur devise. Les mystérieux enfants lumière sont par ailleurs des Baldwin, on l’apprend, capables de modifier leur ADN. Impossible d’être plus impermanent.

Sous des apparences souvent froides (fragments de rapports administratifs, témoignages apocryphes, biographies de seconde main), servies par une prose délavée, un peu évanescente, ces courtes nouvelles sauront plaire, à l’évidence, aux lecteurs qui aiment à être désorientés. On y devine aussi un petit côté nippon qui fait parfois penser au 1Q84 d’Haruki Murakami. Sombre et fantasmagorique.

C.D.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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