Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07 février 2013

Les enfants lumière - Sylvain Campeau

 Dans Huffington Post :

http://quebec.huffingtonpost.ca/sylvain-campeau/les-enfan...

Les enfants lumière, un roman de Serge Lamothe

 

Publication: 04/02/2013 10:45

Les enfants lumière, de Serge Lamothe, n'est certes pas un roman dont l'histoire serait des plus conventionnelles. Loin de là! On éprouve le sentiment, en le lisant, de se retrouver devant un objet littéraire non identifié. Truculence et verve donnent le ton à ce qui se présente d'abord sous les allures d'un rapport d'institut! Cet apparent compte rendu, rédigé d'une plume sceptique, ouvre le bal à un univers apocalyptique et surréel. À tel point, d'ailleurs, que cela en rend la description problématique. Comment, en effet, offrir une idée juste d'une telle entreprise?

J'avais, pourtant, lu et apprécié une œuvre antérieure à laquelle Les enfants lumière s'abreuve allégrement. Il s'agit du roman Les Baldwin, paru en 2004. Déjà, cet ensemble tribal, seule famille survivante d'un cataclysme non-identifié, nous avait stupéfiés par ses extravagances et ses excentricités, certainement explicables par les croisements consanguins rendus nécessaires par la situation. Or, Les Baldwin tenait d'une chronique familiale aux allures de typologie. L'œuvre relatait les faits et gestes ahurissants de chacun des membres de la communauté uninominale, donnant son nom au chapitre qui lui était consacré. Les enfants lumière met cette fois l'accent sur les circonstances de cette survivance et de cette posthumanité de la généalogie familiale. Bref, ce sont moins les membres de cette famille dont il est question, que des circonstances troublantes dans lesquelles tous vivent cet après-désastre.

Tout, dans cet univers, est déstabilisant. N'existent, pour nous situer et nous réconforter, si faire se peut, que certaines constantes qui dressent le portrait d'une civilisation dont la gouvernance et le calcul des jours n'ont plus rien de semblable à ce que nous connaissons. Tout se passe sous le rythme temporel de siècles périphériques, ce qui laisse entendre que le temps a cessé d'être linéaire pour devenir sans doute quelque chose comme une accumulation de cycles en orbes parallèles. Le régime sous lequel la vie est encore possible, est qualifié de turbolibéral. Quoique l'acte terroriste d'un couple de Baldwin y mette fin! Et que la baleine apparue dans le trou causé par la déflagration serve de lieu d'exploration à leur fille, Tacha Baldwin!

Tout cela ne donne qu'une idée imparfaite des événements qui s'y passent. Le roman est découpé en courtes histoires mettant en scène un ou des Baldwin, dans une accumulation d'épisodes aux péripéties nombreuses. Une telle construction, dans un monde où le temps se déploie en spires, est logique.

Il y a aussi peu de communes mesures entre les histoires, réparties en ces courts chapitres. Certes, quelques protagonistes reviennent et scandent la fiction. Mais ce qui est encore plus évocateur, ce sont encore les lieux où tout en vient à se passer. Désert, steppes, villes aux relents de mégapoles livrées au désordre, Las Vegas, Madrid, Altiplano ; Les enfants lumière se livre à un véritable recueil exotique de lieux sans réel rapport les uns avec les autres, que chacun semble habiter sans avoir de véritable contact avec d'autres survivants, comme si les canaux de communication avaient été irrémédiablement coupés, laissant une humanité dispersée et sans moyens. Passé le gouvernement turbolibéral, des institutions existent, dont on nous dit fort peu de choses : la Maison Universelle d'Amour, de Justice, de Prospérité et de Paix, l'Agence, le Bureau permanent, l'Armée de Libération du Génome, etc. Ces organismes semblent réguler, quoique plutôt mal que bien, sans réel impact autre que purement symbolique, la vie sur terre de cette posthumanité.

Au final, voilà une œuvre d'anticipation sans précédent, presque une folie d'écrivain, qui trace à grands traits un univers baroque et quelque peu dément. Une œuvre où Serge Lamothe montre toute la richesse de son imagination et arrive à dessiner un postmonde inquiétant avec juste ce qu'il faut de repères rassurants et de confusion entretenue pour que nous y croyons et nous y perdions.

© Sylvain Campeau, 2013

 

Les commentaires sont fermés.