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10 octobre 2010

Le fusil de chasse - ce qu'on en dit...

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Le fusil de chasse de Yasushi Inoué, mis en scène par François Girard, mettant en vedette Rodrigue Proteau et l'éblouissante Marie Brassard, et que j'ai eu le bonheur d'adapter pour la scène, est présenté à l'Usine C, à Montréal, jusqu'au samedi 16 octobre prochain. La pièce sera reprise au Théâtre français du Centre national des arts, à Ottawa, du 23 au 27 novembre.

Courez voir ce spectacle tandis qu'il reste quelques places!

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 Voici ce qu'en ont dit les critiques:

Jean Siag dans La Presse:

Un poète et chasseur, dont on ne voit que le profil et l'ombre et les gestes lointains, reçoit trois lettres: une de la fille de sa maîtresse, une autre de sa femme et une dernière de sa maîtresse. Seule sur scène, Marie Brassard interprète tour à tour, avec aplomb, fragilité et sensualité, ces trois femmes liées par leurs destins respectifs, toutes victimes du sentiment amoureux.

Chacune révélera ses sentiments véritables vis-à-vis d'un homme qui a aimé autant qu'il a trahi et blessé.

La fille de sa maîtresse apprend la liaison de sa mère en lisant son journal et rage de ne rien lire à propos de son père, qu'elle n'a pas connu; tandis que sa femme, elle, met terme à une pénible relation de 13 ans, tout en lui avouant ses nombreuses tromperies, motivées par les infidélités de son mari.

 

Seule sa maîtresse offre le témoignage d'un amour vrai, quoique vécu dans le «péché». Mais même elle n'a pas été fidèle à son amant, cédant, comme elle dit, au serpent qui sommeillait en elle. Ce serpent qui symbolise entre autres l'égoïsme.

Le flot ininterrompu des mots de Yasushi, traduit dans une langue très belle et très claire, aurait pu assommer le spectateur le plus stimulé; malgré la lourdeur du propos, il n'en n'est rien. Les mots s'écoulent doucement, comme des vagues qui nous caressent les pieds, en nous envoyant de temps en temps de gros galets sur les orteils.

Cette impression nous vient peut-être d'ailleurs du plancher de la scène, qui se transforme avec les trois monologues. Du parterre inondé avec des fleurs de lotus qui flottent sur l'eau au plancher de bois, en passant par cette plage de petites pierres de ruisseau, chaque fois l'ambiance s'accorde avec les mots et le corps de ces personnages féminins.

Impeccable interprétation

Marie Brassard habite chacune de ces femmes qui se dévoilent tantôt avec candeur, désespoir et mépris, mais toujours avec beaucoup de coeur et d'esprit, avec une liberté qui devait manquer cruellement dans les rapports qu'elles entretenaient avec cet homme muet, interprété par Rodrigue Proteau.

«Aimer ou être aimé, qu'est-ce qui est le plus important?» lui demande sa maîtresse dans sa lettre qui commence par: «Quand vous lirez ces lignes, je ne serai plus là.» Telle est la question posée par Yasushi Inoué, qui loue aussi la mort de nous délivrer de ce poids.

Au final, le succès de cette pièce tient autant aux mots de Yasushi Inoué qu'à l'impeccable interprétation de Marie Brassard, qu'on suit des yeux sans se lasser, convaincu - était-ce l'éclairage? ou sa coiffure? ou ses yeux en amandes? - qu'elle est aussi japonaise. Autant que ces trois femmes.

 

Marie-Hélène Goulet dans 7 Jours:

C’est à un véritable moment de grâce que nous a conviés François Girard lors de la première de son Fusil de chasse à l’Usine C mardi dernier. Il fallait voir les spectateurs quitter tout doucement la salle, une fois ce voyage féérique terminé, les yeux gorgés d’ailleurs.

Le périple très organique du metteur en scène et cinéaste du Violon rouge s’inspire de trois forces brutes : l’eau, le roc et le bois. Sur une scène qui est d’abord inondée par une pluie torrentielle se tient la magnifique Marie Brassard solide dans sa tempête de mots.

Le texte du Japonais Yasushi Inoué est divisé en trois lettres adressées au même homme, un chasseur nommé Josuke. L’actrice les récite une après l’autre se transformant magistralement en la fille troublée de la maîtresse de l’homme, la femme exaltée de ce dernier et son amante bien décidée à mourir.

Marie Brassard l’irréelle

Constamment sur scène, Marie Brassard offre une prestation impeccable, quasi irréelle. Par un simple changement de vêtement et de ton, elle devient une autre sous les yeux du public qui ne peut qu’y croire, fasciné par autant de talent. Tout ça sans parler du travail incroyable de mémorisation que cette dernière a dû faire pour habiter chacune des âmes interprétées.

Son jeu au combien subtil est appuyé par un décor tout aussi pur, mais exceptionnel. D’abord une marre d’eau parsemée de nénuphars, le sol se draine pour laisser place à douze carrées de roches métalliques savamment illuminées. Le récit se termine avec la sécurité d’un plancher de bois qui émerge magnifiquement de sous les cailloux. Tous les bruits de cette eau, des roches qui s’entrechoquent sous les pieds de Marie et de la résonnance sourde du bois ajoutent au plaisir d’être là.

Finesse et beauté

Habitué aux mises en scène grandioses, François Girard présente ici un espace apaisant qui sert parfaitement les bourrasques d’émotions des trois missives. Avec peu d’éléments, il transporte toute une salle au pays du Soleil levant qu’il aime tant. Ce respect du Japon transparaît d’ailleurs à travers le dépouillement de son travail et de sa direction d’acteur.

Finesse également de l’interprétation de Marie Brassard. Cette dernière est d’ailleurs magistrale en conclusion, alors qu’elle se revêt doucement d’un haori de soie. C’est d’une grande beauté.

 

Pat Donnelly dans The Gazette:

Is it better to love or to be loved?

This question lies at the heart of Yasushi Inoue's Le fusil de chasse (The Hunting Gun), now playing in French at Usine C.

This Japanese tale of passion and betrayal is told from several viewpoints in a manner reminiscent of Akira Kurosawa's crime-film classic Rashomon. Which is not surprising, given that Kurosawa was a contemporary and once wrote a screenplay based on an Inoue story.

Inoue, who died in 1991, won many Japanese literary awards, but remained little known outside of the country.

Le fusil de chasse is set within the post-Second World War gloom of suburban Japan.

A businessman contacts a poet who has written a poem depicting a man with a hunting gun.

In a reply to the poem, or perhaps as a plea for understanding, the businessman gives the poet three letters he has recently received. One is from the daughter of his recently deceased mistress. The second is from his much-neglected wife. And the third is from his mistress, written on the day she committed suicide.

In director Francois Girard's production of Le fusil de chasse (based on a translation by Serge Lamothe), Marie Brassard plays four roles, shedding costumes or donning new ones with each transition. Rodrigue Proteau plays only one: Josuke, the man with the gun.

Sitting on a raised platform, Proteau gestures, but never speaks.

In contrast, Brassard talks incessantly, for one hour and 45 minutes, without intermission.

Intense listening is required here, lest telling details be missed.

Brassard begins as the poet, holding an umbrella in the midst of a downpour. The umbrella flies away, along with her raincoat, as she transforms into Shoko, a mousy young girl mourning for the mother who kept her love life secret from her daughter. Ankle deep in a water-lily pond, Shoko speaks the content of her letter written to the man who stole her mother's heart.

Next, Brassard drops the schoolgirl outfit, revealing a low-cut red dress, as she becomes Midori, the wife who first discovered her husband's infidelity when she was an innocent newlywed. As she begins to speak, the lily pond drains, reduced to stones.

Finally, we meet the suicidal mistress, Sa.ko. Abandoning the dress, Brassard stands naked, back to the audience, facing Josuke. Magically, a wooden platform unfolds, one plank at a time, covering the stones. Kneeling, Sa.ko retrieves a white silk kimono from a box and spends the rest of her monologue quietly folding and tying herself into it, with ceremonial precision.

Francois Seguin's brilliant scenography and the quicksilver costume changes enhance Brassard's shape-shifting character transformations. Uncannily, she almost seems to become Japanese.

In effect, this is a virtuoso one-woman show, with Proteau somewhat wasted as a human stage prop. But his subtle note is needed, too, in a complex symphony of imagery, ominous soundtrack and starkly poetic text.

Girard's meditative attention to detail and Brassard's virtuoso performance make for powerful, if somewhat demanding theatre.